Après de nombreux déchirements, querelles intestines et rebondissements historiques, les pays européens ont su entamer au milieu du 20ème siècle une aventure des plus ambitieuses. 50 ans plus tard, l’intégration économique est quasiment achevée puisque nous disposons d’un marché commun et pour 16 pays d’une monnaie unique.

Une intégration si aboutie qu’il serait dorénavant faux de parler d’importation et d’exportations entre pays de l’UE. Le volet politique de la construction européenne quant à lui est une affaire en cours et va nourrir de nombreux débat dans les années à venir. Mais avant de poursuivre cette construction brique après brique, nos gouvernements et nos peuples devront répondre à des questions cruciales.

 

Quelles sont les limites de l’Europe ? Il est en effet nécessaire de tracer les contours de l’Europe. La question ne se pose qu’à l’est. Géographiquement certains dirons que la frontière se situe au niveau de l’Oural. D’autres voudraient intégrer la Turquie ou encore les pays du Caucase dans une sorte de méli-mélo qui ferait de l’Europe une entité vouée à rester faible car divisée, un grand marché sans structure politique. La logique tracerait une frontière civilisationnelle bien que celle-ci coupe des pays comme l’Ukraine ou la Bulgarie en deux avec une partie occidentale et une partie orthodoxe, russophile. A ces pays « coincés » entre l’UE et la Russie de choisir leur destin.

 

Veut-on une Europe fédérale ou une Europe des Nations ? Dans les faits, la plupart de nos lois sont des mises en forme de directives européennes et le mouvement est indéniablement vers une mise en commun de différents instruments. On voit mal comment dans un monde multipolaire constitué de gros blocs, l’Europe pourrait se payer le luxe de rester une addition d’états moyens. Une telle juxtaposition de moyens non coordonnés ne constituera jamais un ensemble puissant capable de se faire entendre et de défendre les intérêts de ses membres. Le concept d’Europe des Nations a montré son inefficacité comme le prouve Airbus, Galileo, l’Europe spatiale… Ces entreprises et ces projets sont des réussites a minima car handicapés par des rivalités nationales aussi bien en terme de gouvernance que de gestion industrielle. A la clé, pertes de temps et surcoûts importants. Seul un mouvement progressif vers une Europe fédérale permettra à notre vieux continent d’être compétitif sur le long terme. Il faudra pour cela préparer les nouvelles générations à travers l’apprentissage obligatoire de langues européennes, l’intensification des échanges universitaires de type Erasmus…, faire émerger une véritable culture européenne.

 

Veut-on une Europe puissance ? Si la réponse est non, il suffit de rester au stade actuel de grand marché économique. Nos compétiteurs s’en frotteraient les mains. Dans le cas contraire, il faudra impérativement avoir une structure politique cohérente à savoir un état fédéral. Il faudra également une défense commune avec suffisamment de moyens pour pouvoir se défendre sur notre continent mais également défendre nos intérêts à travers le monde. La puissance militaire étant le prélude à une diplomatie ambitieuse pour un monde pacifié et juste où nos valeurs seraient mises en avant.

 

Voulons nous être ouverts mais faibles ou forts en perdant une partie de nos valeurs ? Face aux agressions extérieures se posera la question de la réponse à apporter, vigueur ou laxisme ? Face à des vagues massives d’immigration restera-t-on ouverts ou assumera t’on un contrôle et une politique des quotas ? Ces questions ont une résonnance particulière depuis quelques années avec la guerre contre le terrorisme islamique et les failles des démocraties qui sont utilisées par l’ennemi. Il en va de même pour le problème de l’immigration. Ce dernier ne se traitera que par le développement économique des pays d’origine des migrants.

 

Voila des questions qu’il serait bon de voir traitées lors de la campagne pour les élections européennes de 2009. Malheureusement, cette campagne tarde à se mettre en place alors qu’il faudrait un vrai débat à l’image de 2005 et la passion qui avait pris le pays pour le référendum sur la constitution européenne. On notera aussi le manque d’ambition affiché par beaucoup de partis politiques qui ne veulent pas d’un programme commun mis en place avec leurs collègues du PPE, PSE…


Commentaires  

 
#1 ArnaudM 2009-02-15 22:10 Si la limite de l'Europe doit tenir à la civilisation, rappelons que les cultures des ex-satellites de l'URSS que tu mentionnes sont spirituellement chrétiennes (puisqu'orthodoxes) et ont pu bénéficier d'un discret et riche apport du judaïsme comme toutes les nations de l'Europe géographique. Ukraine et Bulgarie sont-elles coupées en deux par la culture ou des luttes d'influence politique ?

Le 7 décembre 1999, en la Cathédrale de Strasbourg, Jacques Delors disait : "Si dans les dix ans, nous n'avons pas réussi à donner une âme, une signification à l'Europe, nous aurons perdu la partie, (…) la contribution du christianisme demeure essentielle, précisément par la sagesse dont il se nourrit dans sa vision de l'homme, et par cet appel à un renouvellement dans la fidélité aux valeurs données en héritage par l'Evangile".
Ces dix ans sont presqu'écoulés et la question reste d'actualité : à part de l'économie qu'avons-nous fait de notre Europe ?…

Rendez-vous samedi à 16h pour approfondir la question de l'actualité de notre héritage, justement.
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#2 Nat 2009-02-15 22:45 L'Europe a forcément des limites.
Mais quelles limites ?

Aujourd'hui, il existe plusieurs critères :
- Respect des Droits de l'Homme
- Libéralisme et économie de marché
- Economie suffisamment forte

Le Respect des droits de l'homme est tout subjectif et est très très élastique… de De Gaulle à Sarkozy, le préambule de la constitution ne les ont empeché ni l'un et encore moins le dernier à adapter les droits de l'homme à leur sauce.
L'Economie forte, c'est tout relatif également. Le dumping social pose moins question que le niveau de revenu des actionnaires.
Le libéralisme économique enfin, c'est surement la pire abbération qu'on puisse inventer.

Quelle Europe nous propose-t-on dans ce cas si le libéralisme économique est indépassable à l'adhésion à l'Union ?

La réponse est évidente…

Les premiers à crier au loup quand il s'agit de concurrence avec les autres pays du monde sont les premiers à avoir ouvert les marchés à la folie et à la démesure…

Aujourd'hui, la vision de Sarkozy (et donc de l'UMP et donc de la droite), ce n'est pas de réflechir à l'Europe que nous voulons, mais bien à l'imposer aux français(voir comment il a passé le traité de Lisbonne en force en France après un référundum pourtant claire sur le même texste).

Les débats que vous proposez me paraissent donc bien inutiles, à moins qu'il ne s'agisse que de se discuter entre potes de même pensée et que le débat n'ait pas d'autre but…
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#3 Nico 2009-02-16 02:03 Nat,
je trouve que vous avez une démarche assez singulière de commenter des articles dont les sujets sont soi-disant inintéressant sur un blog ouvert à tous en pensant qu'il s'agirait de discuter entre jeunes pops. Vous êtes la preuve même de ce que chacun peut s'exprimer sous nos articles.

Mais passons. Il y a, sur la question des limites, un point qui n'est pas évoqué. Ce sont tout simplement les frontières géographiques. La question se pose surtout pour la Turquie, il ne faut pas se mentir (parce que pour ce qui est du continent européen, la vision de De Gaulle - de l'Atlantique à l'Oural - est applicable). Mais voulons nous que notre frontière se situe en Iran, en Irak, en Syrie? La Turquie se situe en Asie mineure.

Sur la question de la forme institutionnell e que doit prendre notre Europe, je suis en désaccord avec toi, Ludo . J'aime à rappeler la phrase du Professeur Denys Simon - Professeur de Droit communautaire - qui disait que sur les questions européennes "il faut se garder de faire du statomorphisme". L'Europe n'est pas et ne sera jamais un Etat fédéral. Parce qu'elle a une histoire et une culture (qui existe déjà)qui ne permet pas de pousser en ce sens. Tu parles de projet économiques qui sont des succès pas du tout inachevés. Airbus est le leader mondial de son secteur pour ne reprendre que cet exemple. Je ne suis pas certain qu'avec une Europe fédérale on ait fait mieux ni que les questions de rivalités nationales soient annihilées (je pense que tu ne pousses pas le raisonnement jusqu'à la suppression pure et simple des Etats !). Il y aurait les mêmes rivalités si on veut voir les choses par leur coté sombre. A ce titre, je parlerais d'ailleurs d'émulation.
L'apprentissage des langues européennes. Oui, je suis pour. Mais combien de langues? Toutes? Pauvres gosses, devoir apprendre une trentaine de langues parce qu'ils sont européens, ça va être chaud! Les systèmes comme Erasmus marchent très bien alors même que nous n'avons pas une Europe fédérale…
Enfin, pour ce qui est de la culture européenne, je crois qu'elle existe et qu'elle est riche et d'ailleurs qu'elle fait partie des critères évoqués plus haut pour la question des limites de l'Europe. Permets-moi de te rappeler les mots du Général à ce sujet. "Dante, Goethe, Chateaubriand ont servi l'Europe parce qu'ils étaient éminemment et respectivement Italien, Allemand et Français. Ils n'auraient pas beaucoup servi l'Europe s'ils s'étaient exprimé en espéranto ou volapük intégré".
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#4 jerome 2009-02-16 09:49 il y a une autre question qui mérite d'être soulevé c'est la présence du Parlement Européen, sa place dans l'Europe tant au niveau de sa compétence (bien moindre face à la suprématie technocratique de la Commission) qu'au niveau Géographique à Strasbourg.

Y a-t-il encore une véritable volonté de voir une nette séparation des pouvoirs ?
- Exécutif à Bruxelles
- Législatif à Strasbourg
- Judiciaire à Luxembourg

Y a-t)il encore une volonté de faire de Strasbourg LA capitale de l'Europe ?

voici aussi des points à développer
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#5 Jonathan 2009-02-16 13:25 Vous connaissez mal votre sujet, puisque Airbus et Ariane sont des projets coopératifs entre Etats, et justement ce sont des succès.
En revanche, Galileo est un projet communautaire. Et beaucoup de ses retards sont liés, précisément, à la mise en concurrence des Etats qu'impose le cadre fédéralisant de l'Europe.
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#6 Ludo 2009-02-16 21:10 Arnaud,

Oui, je pense que dans l'absolu il faudrait séparer la sphère orthodoxe de la sphère occidentale. Dans les faits c'est compliqué puisque la Grèce par exemple est orthodoxe ainsi que la Serbie et ces pays sont clairement européens. La Russie a également un héritage européen mais ceci tient plus pour St-Petersbourg que Vladivostok… Pour l'Ukraine, oui le pays est orthodoxe mais la partie orientale est russophile alors que l'ouest pro-UE et d'ailleurs ça se voit au niveau des élections quand tu regardes les votes.
L'avantage d'intégrer tous les pays entre l'UE et la Russie au sein de l'UE serait d'avoir des frontières claires avec notre grand voisin russe. C'est un débat ouvert, je n'ai pas de d'opinion tranchée sur l'éventuelle adhésion de l'Ukraine et plus tard de la Biélorussie ou de la Moldavie. Si l'Ukraine rentre dans l'OTAN, il serait logique qu'elle rejoigne l'UE.

Nat,

Ce que tu cites comme limites ne sont que des critères d'adhésion, les critères de Copenhague et ils ne constituent en rien une "frontière" mais des conditions nécessaires et non suffisantes à l'entrée au sein de l'UE.
La suite de tes propos est caricaturale et démagogique. Un peu moins d'aigreur et beaucoup plus de sérieux stp. Sous Sarkozy ou sous De Gaulle, la France est/était une démocratie où les droits de l'homme sont/étaient bien respectés dans l'ensemble. Ne confonds pas pouvoir présidentiel fort et régime autocratique.
Sur la partie économique, on demande une certaine solidité, un endettement non-abyssal, une maitrise de l'inflation…Où est le problème? On demande aussi le respect des principes d'économie de marché ce qui est très différent du libéralisme économique pure. Tu veux quoi, des pays communistes?

Nico,

Je suis entièrement d’accord avec toi sur la Turquie, rien à rajouter. Pour moi, le problème des frontières géographiques est uniquement au niveau des pays qui se trouvent entre UE et Russie. Pas de Turquie, pas de pays du Caucase et pas de Russie même à long terme.
Je fixe l’objectif d’état fédéral à long terme mais j’espère que l’on va dans cette direction. On peut avoir un état fédéral mais avec une autonomie poussée pour les différents états et cela dans différents domaines. Il faudra par contre, supprimer les passe-droits, avoir une défense commune, un budget commun, une harmonisation fiscale, juridique…. Et pour prendre un exemple d’état fédéral avec d’énormes différences culturelles, je te cite l’Inde.

Non il faudrait 2 langues européennes étrangères obligatoires et si possible dès le CE2 par exemple.

Belle citation. Je ne suis pas pour effacer les cultures nationales, bien au contraire ! L’Etat français n’a pas fait disparaitre les cultures alsaciennes ou bretonnes ! Il faut simplement plus d’harmonisation et des instances fédérales. A ce sujet, la Banque Européenne est un exemple d’instance fédérale très efficace et très enviée . J’aime trop la France et son histoire pour vouloir la diluer au sein d’une grosse entité.

Jérôme,

Oui c’est tout un débat. Je suis logiquement pour que Strasbourg reste le centre législatif. La situation actuelle ne me dérange pas plus que ça mais c’est vrai que l’idée de l’Eurodistrict à l’image de Washington DC me plait bien. C’est une idée un peu utopique mais si on fait déjà la moitié ce sera bien.

Jonathan,

Je connais assez bien certaines facettes du sujet car j’ai pu faire un stage chez Snecma sur le moteur du premier étage de la fusée Ariane 5 et j’ai pu constater la mauvaise gestion industrielle. Les turbopompes hydrogène sont fabriquées en France et les turbopompes oxygène en Italie pour que chaque pays ait sa part du gâteau. Ces ensembles sont peu différents et la logique industrielle aurait voulu qu’ils soient fabriqués au même endroit… La logique « européenne » en a voulu autrement.

Je sais ce que tu dis dans ton commentaire mais ça ne fait pas grande différence. Si les volontés nationalistes sont là, ce n’est pas parce que c’est un programme géré par l’UE ou par accord entre états que ça va changer la donne.

Et pour en revenir à ce que tu dis Nico, la structure institutionnell e peut résoudre ces problèmes si une autorité dit avec clarté comment le programme sera géré. En France, je vois mal l’Alsace et la région PACA faire bloquer un grand projet, tout simplement car Paris est là pour trancher.
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#7 jerome 2009-02-16 22:12 Sauf que l’Eurodistrict à l’image de Washington DC souhaité par certain est surtout une solution de remplacement face a un Parlement Européen de moins en moins défendu…

Comme pour beaucoup le Parlement m'est déjà plus à Strasbourg et que sa défense est un coup à se casser les dents et à perdre la face on se rabat sur un truc qui marche plus ou moins bien et qui est plus sûr…

Strasbourg perd l'Europe ? oui mais elle gagne l'Eurodistrict… c'est à mon sens trop facile … elle doit gagner les deux !
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#8 Ludo 2009-02-16 22:49 Multi-citer jerome:
Sauf que l’Eurodistrict à l’image de Washington DC souhaité par certain est surtout une solution de remplacement face a un Parlement Européen de moins en moins défendu…

Comme pour beaucoup le Parlement m'est déjà plus à Strasbourg et que sa défense est un coup à se casser les dents et à perdre la face on se rabat sur un truc qui marche plus ou moins bien et qui est plus sûr…

Strasbourg perd l'Europe ? oui mais elle gagne l'Eurodistrict… c'est à mon sens trop facile … elle doit gagner les deux !


On est bien d'accord!
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#9 NGR 2009-02-17 17:22 Vous parlez d'Europe fédérale, riche idée mais l'avez-vous sincèrement analysée ?

De quelle fédération parle-t-on ? Celle de pays divisés, incapables de s'entendre sur la Chine ou la question georgienne ? Une fédération vouée à un piètre travail d'enregistrement des décisions de nos amis américains ? Comment évoquer l'Europe de la Défense en réintégrant dans le même temps le commandement de l'Otan ?

Le salut de l'Europe tient dans sa capacité à inclure durablement et efficacement les Etats-nations qui, quoi qu'on en dise, sont des réalités.

L'UE actuelle, dirigée par une minorité et mettant à mal la souveraineté juridique et législative de nos institutions, n'est pas satisfaisante. A quoi bon accueillir de nouveaux adhérents si notre avenir se limite à une vague feuille de route dictée par les Hauts Fonctionnaires de Bruxelles ?

Comprenez bien que l'Europe actuelle n'est pas celle dont nous parlaient les pères fondateurs de cette idée.

Une coopération entre Etats, forte et sincère, serait bien plus efficace que le schéma d'aujourd'hui.

Ne démantelons pas la formidable diversité que représente l'Europe. Non, nous n'avons pas le même passé que nous soyons Bulgare, Anglais ou Italien. Respectons cette idée, cette différence qui fait notre force.
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